Vers 660, le roi Dodanus et la princesse Rélanis gouvernaient l'Irlande. Ils étaient chrétiens, justes et pleins de sollicitude pour leur peuple. Trois enfants naquirent dans le foyer rural : deux garçons prénommés Lugle et Luglien et une fille Lilia. Ils reçurent une   éducation chrétienne et savante. Ils devinrent très habiles dans les sciences, les arts et furent dotés d'un esprit solide, d'un jugement assuré. Dodanus initia ses garçons dans l'art du gouvernement.
A la mort du Roi, le fils ainé, Lugle, refusa le trône vacant pour se consacrer à Dieu et embrasser la vie religieuse dans un monastère. Luglien refusa longtemps le trône, désireux de se soustraire aux grandeurs. Le peuple vint se jeter à ses genoux, le conjurant de ne pas l'abandonner et de prendre le sceptre en main.
Lugle, fuyant le luxe, quitta la Cour et se retira dans une austère solitude. Lilia, se dévouant aux exercices de piété, pensa l'imiter, refusa la main de princes puissants, se dépouilla de ses biens et se retira dans un couvent. Après quatre ans de règne, Luglien éprouva le besoin de suivre l'exemple de son frère et de sa soeur. Il abandonna le pouvoir et les richesses et se livra à toutes les rigueurs de la pénitence.
Quelques lambeaux d'étoffe grossière composent maintenant les vêtements de ce prince qui avait connu la pourpre et les riches ornements. Sa vie d'ermite dura six ans. Cette vie de solitude lui inspire de faire le pèlerinage de la Terre Sainte.

 

Alors un ange conduit Lugle à la grotte de Luglien, leur procure le bonheur de se retrouver enfin. Lorsqu'ils reparurent aux yeux de leur peuple, Luglien, reconnu par ses sujets, réoccupa son trône, s'efforçant de faire fleurir parmi son peuple la justice et la piété. Le royaume d'Hibernie ayant un Saint Roi et un pieux Archevêque ne pouvait que devenir florissant.
Luglien rendait son peuple heureux et il en était grandement aimé. Mais cette vie déplaît toujours aux deux princes.D'un commun accord, Lugle et Luglien vendent leurs biens, les distribuent aux pauvres,et décident de se retirer du monde. Ils envisagent un voyage à Rome et, avec quelques serviteurs, quittent l'Irlande.
Ils embarquèrent secrètement dans un navire en partance pour les côtes de Flandre. Quand leur départ fut connu, le peuple anglais fut affligé : c'était pour lui une perte irréparable.
Le vaisseau qui les emporte vers la France rencontre une effroyable tempête et vient à menacer de couler. Un matelot reconnaît les deux frères et les conjure de les secourir. Ceux-ci adressent à Dieu leurs ferventes prières et la tempête aussitôt s'apaise et permet au bateau de toucher terre près de Boulogne.
  Les deux frères s'échappent avec leurs serviteurs et gagnent la ville. Un aveugle nommé Eventin, ayant entendu parler du prodige, réussit à s'approcher des deux frères et les supplie de demander à Dieu de lui rendre la vue. Eventin se lave les yeux avec l'eau dans laquelle Lugle a plongé les mains avant le Saint Sacrifice et le miracle a lieu : il recouvre la vue. Afin de fuir, une fois de plus, les honneurs et la gloire, Lugle et Luglien décident de poursuivre leur voyage et sortent de la ville.

 

Lugle et Luglien atteignent les portes de Thérouanne alors que la nuit commence à tomber. C'est alors une ville très ancienne et célèbre, chef-lieu du diocèse, fondée par Saint-Omer qui avait été le premier évêque vers 637. Délivrés de toute appréhension d'être reconnus et n'ayant plus à craindre les louanges qu'ils fuyaient, Lugle et Luglien cheminaient, l'esprit tout préoccupé de Dieu, accompagnés de leurs fidèles serviteurs. Ils arrivèrent alors au village de Ferfay, où ils ne s'arrêtèrent pas. Peu d'habitants y demeuraient
La région était infestée de bandits qui rançonnaient et massacraient tous ceux qui tombaient entre leurs mains. Trois frères avaient acquis une redoutable célébrité de cruauté. L'un d'eux, nommé Béranger, chef de troupe, habitait Pressy près de Pernes, un autre Bovon résidait à Busnettes, le troisième Hescelin près de Ferfay. Il existe une vallée profonde qu'on nommait alors la vallée de Scyrendale, entourée d'une épaisse forêt.
C'est à cet endroit que la troupe de Béranger guette ses victimes. Dès que les bandits les voient près d'eux, ils sortent du lieu où ils sont cachés et s'emparent des deux frères.
Les serviteurs épouvantés prennent la fuite dans la forêt, mais l'un d'eux nommé Erckembode, honteux de sa faiblesse, revient sur ses pas et reçoit un coup d'épée qui le laisse pour mort. Erckembode revient à lui et se traînant dans les fourrés, peut assister au martyre de ses maîtres. Percés de coups, ils tombent, ne cessant de prier. Les meurtriers leur tranchent la tête et jettent les corps dépouillés au fond de la vallée.

 

Son meurtre accompli, Béranger est aussitôt pris de convulsions, se roulant à terre, écumant de rage, se déchirant lui même. Effrayés, ses compagnons se sauvent et dès leur départ, des bêtes sauvages se précipitent sur le meurtrier et le mettent en pièces.

Erckembode, blessé, se retrouvant seul, peut atteindre péniblement le corps des saintes victimes et se met en devoir de les veiller.

Au cours de la nuit, il est témoin d'un prodige. Il voit en effet une lumière brillante qui, partant du ciel, se prolonge sans interruption jusqu'au sol. Cette lumière, dont les saints corps sont environnés, forme une longue échelle de feu, par ou des anges descendent et remontent après s'être prosternés devant eux.
Au matin, épuisé, Erckembode décide de prévenir l'évêque de Thérouanne qui se trouve dans son château d'Almer non loin de là. Il couvre les corps de feuilles et de terre et se met en route.
Mais à peine est-il en chemin qu'une pluie abondante se met à tomber qui remplit le petit ruisseau au fond de la vallée et entraîne les deux corps accompagnés de leur tête et les porte jusqu'au village d'Hurionville près de Lillers. Étonnés de voir ces corps qui flottaient sans s'enfoncer et sans que les têtes ne s'en séparent, les habitants s'empressent d'en avertir l'évêque Baïn au château d'Almer.

Pendant ce temps, Erckembode a pu lui aussi atteindre le château et entretenir l'évêque de la mort des deux frères.

Le prélat fait transporter les deux saintes reliques dans son château d'Almer : ceci se passait aux environs des années 705 et ce fut le but d'un pèlerinage jusqu'en 950 environ.

Un moine d'Amiens, ayant recouvré la vue au pied du tombeau de Lugle et Luglien, réussit à dérober une grande partie des ossements des deux saints qu'il transporte jusqu'a Montdidier. Là les habitants construisent une chapelle dédiée aux saints martyrs qui sont honorés comme les protecteurs de cette villes jusqu'à nos jours. La disparition d'une grande partie des reliques jette la consternation dans le château d'Almer.
Le reste des reliques de Saint Lugle et Saint Luglien est donc transporté au château de Lillers qui est plus fortifié. Le peuple des environs d'Almer ne peut se résoudre à les quitter et il les accompagne à Lillers ou il se fixe. Les reliques sont déposées dans le trésor de l'église où elles continuent à être l'objet du respect et de la vénération.

Parmi les personnes de distinction qui se sont fait l'honneur d'aller rendre hommage aux reliques des saints à Lillers, on remarque particulièrement Isabelle du Portugal, femme de Philippe le Bon, Duc de Bourgogne et Comte d'Artois.

Elle fait fabriquer une superbe châsse d'argent où sont placés les sacrés ossements avec beaucoup de solennité le 20 mai 1471

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